« Fifty Shades of Grey », vous avez forcément entendu ou lu ce titre quelque part ces derniers mois. Tout le monde ne parle plus que de ce bouquin, qualifié de mummy porn, et qui a déjà dépassé les ventes de la saga Harry Potter dans certains pays – c’est dire ! Phobos a décidé d’enquêter et a lu le premier tome pour vous.

La review

 

Premier constat, le tome 1 fait 356 pages (en anglais) et il m’a été trèèèès difficile d’arriver jusqu’au bout. C’est mal écrit, c’est long, c’est lent, et il ne se passe pas grand chose. Le pitch est assez simple : Anastasia Steele, jeune étudiante en littérature, tombe amoureuse de Christian Grey, un playboy homme d’affaire millionaire philanthrope (Tony Stark, sors de ce bouquin de cul !). Mais Christian cache un mode de vie un peu… différent. Il veut entraîner Anastasia dans une relation BDSM. Naïve et inexpérimentée, Anastasia préférerait une relation normale avec bouquets de fleurs et petits cœurs plutôt que fouets et menottes, mais elle aime tellement Christian qu’elle est prête à tout pour lui…

Vous allez souffrir…

Le scénario nous promettait quand même quelque chose d’un peu palpitant, mais au final tout est très décevant. L’héroïne est assez niaise et est prête à tout par amûûûr. Même à se lancer dans le BDSM alors qu’elle n’aime pas ça (le pire c’est qu’à la fin du bouquin, elle n’aime toujours pas ça, un comble pour un roman qui se veut SM). Pour parfaire le personnage, la seule chose qu’Anastasia sait faire, c’est rougir. J’ai compté le nombre de fois où ça lui arrive dans le roman : 159 fois pour être exacte. Sur 356 pages. Près d’une page sur deux, l’innocente, maladroite et timide Anastasia rougit. Autant vous dire qu’au bout du premier chapitre, vous avez déjà envie de lui mettre des baffes.  

Le héros, lui, est totalement barge et manipulateur. Plus flippant, il n’y a pas. C’est le genre de mec qui te choppe et t’enferme dans le vestiaire le plus proche pour te faire subir un interrogatoire si tu réponds pas à ses mails dans l’heure. Le genre de mec qui t’engueule parce que tu finis pas ton assiette, qui te fais boire pour te faire parler, qui débarque chez toi à n’importe quelle heure sans prévenir, qui track ton téléphone portable pour savoir où tu es, puis te suit sans ton accord à l’autre bout du pays. Le parfait stalker bien creepy. Et pourtant, Anastasia est trop in love, parce que Grey is so handsome. En même temps, on parle de la meuf qui trouve ça hot que Christian lui dise qu’il est prêt à l’enlever contre son gré et à l’enfermer pour le reste de ses jours. Erm.

Les fans inondent le net de fausses affiches du film

Vous allez me dire que le principal intérêt du livre n’est pas le développement des personnages mais ce qu’il se passe sous leur couette. Là encore, rien de nouveau ni de palpitant à l’horizon. Il faut attendre une bonne centaine de pages avant qu’il se passe quelque chose, puis une centaine supplémentaire avant qu’il se passe quelque chose de SM. Et si vous ne vous êtes pas endormis avant, vous allez vous endormir pendant. Les scènes restent du niveau d’un Harlequin, c’est décrit sans imagination, tout est parfait, la symbiose est totale, il suffit qu’il la regarde pour que la fille soit déjà au septième ciel, il manque plus que l’arc-en-ciel en arrière plan… Bref, c’est nul. Rajoutez à tout ça des scènes bien awkward : « Maman, Papa, je vous présente mon esclave ma copine. » et vous obtiendrez 50 shades of Grey. Non content d’être pourri, le bouquin participe aussi à diffuser des stéréotypes de genre : Anastasia est à la fois Cendrillon (il est riche et la couvre de cadeaux), l’infirmière (elle essaye de soigner l’âme écorchée de son Chrisitan) et la petite fille (il la gronde sans arrêt). Christian incarne le père (protecteur et autoritaire), le connard (il l’aime surtout pour son corps) et le mâle insensible (pleurer, moi ? jamais !). Fifty shades s’avère donc rempli de clichés desespérants.

Tout ça pour vous dire que je n’arrive vraiment pas à comprendre d’où vient le succès de ce livre qui semble avoir été écrit par une gamine de 15 ans qui ne comprend visiblement pas très bien en quoi consiste le BDSM. Et dire qu’il y a encore 2 autres tomes. Malgré toute ma volonté, je passe mon tour. 

 

Pourquoi on va encore en entendre parler

La polémique

Le bouquin est en fait une ré-écriture d’une fanfiction sur Twilight (ceci explique cela) intitulé « Master of the Universe« . D’abord publiée sur le net et mettant en scène des personnages de la saga Twilight, E.L. James a grossièrement ré-écrit sa fanfic avec juste quelques changement dans les tournures de phrases et des noms de personnages différents. Un nouveau titre et hop, ni vu ni connu, cette nouvelle version s’est vu éditée et est en train de devenir le best-seller que l’on sait. En supprimant sa fanfic originale du web et en cherchant avant tout à se faire de l’argent, E.L. James s’est mis à dos la communauté pour avoir trahi l’esprit de la fanfic. Son attitude jugée arrogante et ses commentaires désobligeants sur la communauté de fans qui a pourtant grandement contribué à son succès, ont achevé de pourrir sa réputation online. Sans oublier de préciser que ce bouquin donne une bien piètre image des fanfics : mal écrit, au scénario pauvre, le livre ne rend pas hommage à la qualité des fanfics que l’on peut trouver – gratuitement – sur le net.

L’auteur de la trilogie, E.L. James

Le film

Bien sûr, devant un tel succès Hollywood n’a pas traîné et a annoncé la sortie d’un film (ou de plusieurs) basé sur les bouquins. Tout un tas de noms circulent et si Kristen « Bella » Stewart et Robert « Edward » Pattinson ont dans un premier temps été évoqués, la rumeur voudrait que ce soit Ryan Gosling et Emma Watson qui soient désormais convoités pour les rôles principaux. Bret Easton Ellis (American Psycho, Glamorama) a également précisé son envie d’écrire le scénario du film, même s’il aurait finalement été écarté du projet il y a peu.

Les memes

Internet ne pouvait évidemment pas rester les bras croisés devant le succès d’un tel bouquin, et les memes sur le sujet fleurissent. Le fait qu’une actrice porno célèbre s’appelle Sasha Grey donne lieu à tout un tas de jeux de mots avec le titre du livre. Titre qui est lui-même un jeu de mots, puisqu’il signifie « 50 nuances de Gris », Gris/Grey étant le nom du personnage principal.

L’incompréhension que suscite le succès de 50 Shades of Grey chez les garçons est aussi une blague récurrente.

L’immense succès de 50 Shades of Grey auprès des femmes a au moins le mérite de casser le préjugé selon lequel les femmes ne lisent/regardent pas d’oeuvres pornographiques parce que ce sont de douces et délicates licornes asexuées.

 

La folie 50 Shades ne semblent pas prêt de s’arrêter. Entre les produits dérivés divers et variés et l’annonce du film, vous allez encore entendre parler de ce qui reste un mauvais livre de cul. Et comme le bouquin sort en France le 17 octobre, il va falloir s’attendre à une nouvelle déferlante médiatique. A moins que les français, moins puritains que les Américains, ne trouvent rien de spécial à ce Fifty Shades of Grey.

Sur ce, je vous laisse sur ma réplique favorite de Christian Grey, la classe incarnée : « Sooner you’re in bed, sooner you’ll be f*cked, and sooner you can sleep. »